Section 2 Une autre approche de la notion de jeunes : ladolescence
1 Description
A Approche sociologique
Ladolescence est la période entre le monde de lenfance et
celui de ladulte. Ladolescent nest plus un enfant, il se détache
de son enfance mais il nest pas encore un adulte. Il recherche un statut
stable, hésite, et est amené à faire des choix professionnels
et de vie. Étymologiquement, le terme « adolescence » signifie
grandir, évoluer. Ladolescence varie selon les époques,
les cultures et les milieux sociaux.
a - Aspect culturel
Historiquement, jusquau 19ème siècle, la famille était
de type patriarcal avec la transmission des biens et des traditions. Les valeurs
étaient celles du passé. Les enfants travaillaient jeunes, ils
navaient pas d adolescence.
Aujourdhui, la famille se compose du couple et des enfants. Une grande
attention est accordée à léducation. Elle est symbolisée
par plus de divorces, moins de mariages et davantage de mobilité quautrefois.
Lenfant, ladolescent na plus à travailler pour aider
sa famille à vivre.
b - Aspect social
Les adolescents forment un groupe social avec son langage, ses valeurs, ses
codes. Le jeune, même sil ne se sent pas bien dans le groupe y reste,
car il sy reconnaît. Il se révolte. Il dépend du leader,
cest lui sa référence. La bande est un refuge contre langoisse.
Cest le « nous » de la bande qui lui donne le sentiment dune
identité sociale.
B Approche économique
Le modèle actuel de notre société, est celui dune
"société de consommation ". Au travers de la publicité,
la sollicitation vers le consommateur est incessante. Il lui est enseigné
de tout avoir, tout de suite. La notion « denfant roi » chemine.
Lenfant a tout pour réussir. Ladolescence dun point
de vue économique est un marché rapportant beaucoup dargent.
Ny a-t-il pas le style ado, la revue ado, la télé ado ?
En outre, cette période se prolonge du fait détudes de plus
en plus longues, dun travail que lon ne trouve pas tout de suite
mais également parce que les parents parfois se conduisent eux-mêmes
en « adulescents » cest-à-dire comme des adolescents
aussi bien physiquement en adoptant le style ado que psychologiquement.
Ceci rend difficile lidentification de ladolescent, quand personne
ne lui fixe de repère, de limite. Cela est dautant plus difficile
que parfois les parents sont au chômage, ne se lèvent pas le matin.
Pourquoi ladolescent devrait-il se lever pour aller à lécole,
à quoi cela sert-il ? Quel est son avenir ?
Avant, il ny avait pas de problèmes pour trouver du travail. Depuis
1973, il y a moins de travail et davantage de stages, de formations et de «
petits boulots ». Ladolescence dure entre 10 et 20 ans. Ladolescent
nexiste que dans un contexte social défini avec une dépendance
psychologique et économico-sociale longue. Cependant, lado fait
partie du changement dans la famille et dans la société. De par
son questionnement, il fait avancer la société.
Ladolescent vit dans sa famille plus longtemps. Quand ladolescent
sera t-il adulte? Lenfant est passif, dépendant, asexué.
Ladulte, lui, est actif, indépendant et sexué. Ladolescent
est tantôt lun, tantôt lautre. Ladolescence nest
pas seulement la période des transformations physiques, elle est aussi
celle des transformations psychologiques. Dans sa tête, il se produit
une véritable révolution.
Stanislas Tomkiewicz, écrit : « dans nos sociétés
complexes, la néoténie dure dautant plus longtemps que vous
êtes riche et de bonne famille, et ce laps de temps plus long permet une
évolution plus raffinée des capacités cognitives.
Cest ainsi un excellent moyen de maintenir les différences sociales
et de sauvegarder les privilèges des couches possédantes, bien
que les titres héréditaires aient été abolis à
la révolution française » (Prévenir adolescence ,
deuxième semestre 1992 /23, Coopérative dédition
de la vie mutualiste, 1993, p.14).
Les enfants de familles riches auront un meilleur emploi que les jeunes issus
de familles pauvres qui, eux, doivent travailler rapidement. Cela signifie t-il
que des études plus longues permettent une meilleure situation professionnelle
?
Pour Odile Naudin « dans le cadre actuel, les meilleurs résultats
signifient souvent la meilleure intégration possible dans le monde professionnel,
donc dabord dans le système éducatif. Les inquiétudes
et exigences des familles portent donc en premier, ce nest pas nouveau,
sur lécole. Belle perpétuation de la séparation entre
le corps et lesprit
Pas tout à fait, car lors dune maladie ou plus simplement quelques
malaises corporels, ce mal-être adolescent (qui nest pas toujours
reconnu comme tel) se manifeste et trouble ce sacro-saint cursus scolaire, linquiétude
portée au corps, ou également apportée par le corps, vient
en première ligne » ( Prévenir adolescence, p.36).
C Approche physiologique
1 - La pré-puberté.
Elle débute environ à 10 ans. Les pulsions sexuelles sont assez
faibles mais le développement du Moi est fort.
2 - La puberté
Les transformations physiques progressives interpellent beaucoup ladolescent
; cest comme sil devenait étranger à lui-même.
Chez le garçon, entre 11 et 16 ans :
Il est constaté, entre autres, le développement de la pilosité,
lélargissement des épaules, une croissance importante, les
premières éjaculations et la présence dacné.
Chez la fille, entre 10 et 15 ans :
Cest larrivée des premières règles, du développement
mammaire et de lacné. Aujourdhui, la puberté commence
plus tôt à cause de lalimentation. Lacné est
source de problèmes car il fait partie de limage que lon
présente à lautre, une image qui pour ladolescente
est négative.
3 - La crise doriginalité juvénile
Elle est fréquente mais pas générale. Elle est contemporaine
de la puberté avec un désir doriginalité, de singularité
avec horreur de la banalité et une propension à faire de soi quelquun
dexceptionnel, dunique. Le début peut être rattaché
à un événement affectif (chagrin damour), un changement
dans lexistence, une ambition déçue. Elle éclate
soudainement et avec violence. Elle présente deux faces qui sont dune
part, individuelle et dautre part, sociale.
La face individuelle se traduit par laffirmation de soi, la contemplation
et la découverte du Moi qui ressemble à la découverte du
corps chez le bébé. Le goût de la solitude, du secret, des
excentricités dans les vêtements et dans le comportement ou dans
le langage, avec un discours moralisateur et la passion de vouloir tout réformer,
de refaire le monde sont présents. Il y a le désir dêtre
original.
En ce qui concerne la face sociale, ladolescent éprouve de la révolte
à légard des adultes, des systèmes de valeurs et
des idées reçues ; il ne supporte plus rien. Cela sétend
à tout ce qui peut gêner laffirmation de soi. La révolte
de ladolescent na pas le même sens ni le même retentissement
selon que le milieu est informé ou pas. Reconnaître cette crise
permet de comprendre et de respecter le mode de fonctionnement, les idéaux,
et de prendre ladolescent au sérieux.
Daprès Debesse, qui a décrit cette crise, ladolescent
entre 14 et 16 ans, a besoin détonner. À 16-17 ans, laffirmation
de soi est intense. Dès 18 ans, ladolescent se détend, prend
du recul et porte un langage plus nuancé sur lui-même. Il commence
à parler de lui aux autres, aux personnes étrangères. Il
ne se compare plus à un tout, mystérieux et apprécie une
certaine tranquillité. Tout cela est lié aux poussées hormonales.
2 Problèmes rencontrés à ladolescence : maladie
mentale ou troubles mentaux
La maladie peut émerger à ladolescence car cest une
période cruciale de fragilité pour tout individu. Cela se manifeste
en premier lieu par des troubles apparaissant parfois brutalement, sans raisons
apparentes, parfois à la suite dun traumatisme qui ne représente
pas la cause mais le facteur déclenchant des troubles. Lhospitalisation
et un traitement adapté sont indispensables en période de crise.
Ces maladies sont chroniques et présentent des épisodes plus ou
moins aigus suivant la « gestion » qui est faite de la maladie.
Dune manière générale, la maladie mentale est fortement
invalidante et elle nécessite souvent une forte implication familiale,
une famille dans laquelle il est parfois difficile de déterminer la source
« pathogène » du déséquilibre. En tout état
de cause, la maladie mentale amène toute la famille à souffrir.
La maladie mentale peut apparaître sous forme de :
1 - Dysharmonie de lévolution pubertaire
Les mécanismes psychiques de défense sont ceux de lenfance.
Le développement endocrinien est très précoce ou retardé,
ce qui aboutit à un processus décalé se traduisant par
de langoisse, doù des fugues, de la délinquance, ou
la présence de traits caractériels et de problèmes scolaires
entre 12 et 14 ans.
2 - La phobie scolaire
Ladolescent refuse daller à lécole. Il présente
une réaction de panique et danxiété très vive
qui est plus fréquente chez le garçon que chez la fille. Plus
on avance vers ladolescence plus la phobie scolaire risque dêtre
intense et durable. Ce comportement irrationnel porte sur le travail scolaire,
les examens, les contrôles. Le jeune a peur du regard et de lagressivité
des autres, il a du mal à prendre sa place par rapport à lautre
sexe.
Le désinvestissement scolaire peut se produire à la suite de transformations
corporelles ou après les premiers rapports sexuels. Ladolescent
désinvestit son corps et fait de même avec lintellect. Le
fléchissement peut être dans une matière et sétendre
à toutes les autres et peut ainsi mener à léchec.
Parallèlement, il risque de se mettre en retrait du milieu familial,
de devenir taciturne, et dêtre plus ralenti.
Quant à la famille, en général, elle tolère assez
bien linterruption scolaire. Dans certains cas la mère est phobique
et dépressive, le père est parfois absent et effacé.
Le désinvestissement scolaire et la marginalisation progressive à
long terme peuvent conduire à la marginalisation sociale, à la
délinquance. Parfois elle est aussi le signe dun état limite,
dune psychose, dune névrose.
3 - La rupture scolaire
Elle se produit quand le jeune veut arrêter ses études pour des
raisons difficiles à contrer. Souvent une dépression sous-jacente
accompagne un processus de détérioration se traduisant par lisolement.
4 - Les troubles alimentaires
a - Lanorexie
Elle touche davantage les filles que les garçons. En effet, seuls 20%
des anorexiques sont des garçons.
- Chez le garçon
Lanorexie est présente plutôt pendant lenfance que
pendant ladolescence. Le garçon craint entre autre de devenir obèse.
- Chez la fille
Lanorexie peut apparaître vers 13-14 ans mais le plus souvent les
symptômes se déclarent entre 15 et 18 ans.
Au départ, ladolescente veut suivre un régime pour perdre
quelques kilos. Ce régime, qui commence par un simple refus de salimenter,
fait parfois suite à une perte affective. Elle ne sinquiète
pas de son amaigrissement et veut maigrir de plus en plus. Elle veut maîtriser
son corps et détenir le pouvoir de lérotiser. La féminité
est rejetée et la sexualité ne lintéresse pas. Elle
est très centrée sur elle et développe toujours son hyperactivité.
Le but recherché est de perdre des calories, doù par exemple
le refus de sasseoir pour faire ses devoirs ou de laisser la fenêtre
de la chambre grande ouverte en plein hiver.
b - La boulimie
Elle consiste à se remplir, à remplir le vide pour apaiser langoisse.
Le corps est mis en jeu pour fuir la sexualité. La personne se jette
sur la nourriture quand elle est seule. Elle peut manger pendant quelques minutes
ou une heure et ce, jusquà se faire vomir.
5 - Les maladies psychosomatiques
Ladolescent a un fort langage somatique pour diverses difficultés
mais aussi comme moyen de relation. La pathologie psychosomatique se substitue
à lélaboration psychique. Pierre Marty évoque un
mode de pensée opératoire ; ladolescent a du mal à
mentaliser les choses, il est dans lagir. Il utilise son corps, ses besoins
physiologiques (sommeil, alimentation) pour maintenir sa sexualité à
distance.
Le corps est instrumenté et devient un instrument narcissique alors que
conjointement, il est soumis à dénormes pulsions agressives.
Le corps peut être caché ou regardé pendant des heures.
Lautomutilation matérialise ce malaise sur le corps. Il y a également
recherche de la maîtrise corporelle.
6 - La dépression
Ladolescent doit faire un travail de séparation, de deuil et renoncer
à la quiétude de lenfance. Certains adolescents ny
parviennent pas et sombrent dans la dépression. Ils nont envie
de rien et ne se projettent pas dans lavenir.
7 - Le suicide
Cest la deuxième cause de mortalité chez ladolescent.
Des idées noires précèdent le passage à lacte.
Il faut le rassurer, le protéger et laider à verbaliser
: plus il en dira, moins il en fera. Il est également indispensable de
mobiliser lentourage. Le jeune veut éprouver ses limites, tester
sa survie, et sombre de plus en plus dans la dangerosité. Le jeu du foulard
en est un exemple.
8 - La scarification
Il sagit de se faire mal physiquement pour être moins mal mentalement.
Ladolescent cherche à se confronter à lui-même. Physiquement,
il montre sa douleur, sa souffrance dans le but de se défaire des parents
et déprouver ses limites.
9 - Les conduites transgressives
a - Le vol
Cest la conduite délinquante la plus fréquente à
ladolescence. Le premier vol est souvent commis dans un contexte dangoisse
: on agit pour faire baisser langoisse sans réaliser quon
rentre dans une spirale et ce, jusquà la confrontation avec la
justice. Les vols les plus répandus se produisent dans les grandes surfaces
et dans les magasins.
b - Les toxiques
En ce qui concerne le tabac et lalcool, les conduites transgressives se
font de plus en plus jeunes. Le corps est attaqué. Seule compte la représentation
de soi et non son corps. Fumer prouve que lon est un grand, presque comme
un adulte.
Par la drogue, le jeune rentre dans un réseau de distribution illicite.
Celle-ci est synonyme de plaisir et permet doublier. Lalcool est
plus admis que la toxicomanie. Du fait de la prépondérance de
la dimension sociale, il sagit de partager un verre de convivialité.
(Les éléments recueillis pour cette section sont extraits de la
formation « Psychopathologies de ladolescent du 24-09-02 au 28-09-02
à Paris »)